Augmenter le salaire minimum à 15 $

Vous en avez probablement déjà entendu parler, de plus en plus de gens demandent présentement au gouvernement du Québec de hausser le salaire minimum à 15 $. Il s’agit de la manifestation locale d’un puissant mouvement politique qui a démarré dans le secteur de la restauration rapide de New York. Des travailleuses et des travailleurs de McDonald’s, affirmant être incapables de joindre les deux bouts, se sont mobilisés pour obtenir 15 $ l’heure et le droit à la syndicalisation. Leur appel à la dignité a été entendu par de nombreuses organisations qui sont venues à leur secours, notamment de grands syndicats américains qui n’ont pas hésité à les appuyer du mieux qu’ils le pouvaient. Ensemble, les travailleurs syndiqués et non syndiqués ont réussi à propager l’idée avec un tel succès qu’il s’agit aujourd’hui d’un enjeu majeur de la campagne présidentielle chez nos voisins du Sud. Nous avons également un exemple plus près de nous. En effet, bien que nous nous targuons d’être une province aux mesures sociales progressistes, cette fois ci, c’est l’Alberta qui nous montre le chemin. La province souvent considérée comme plus conservatrice a déjà annoncé son intention d’augmenter son salaire minimum à 15 $ l’heure d’ici 2018.

De prime abord, je dois avouer que j’avais une opinion mitigée sur le salaire minimum à 15 $. Comme bien d’autres, je me questionnais sur l’impact qu’une hausse importante pourrait avoir sur les prix à la consommation, sur les emplois disponibles ou sur les personnes qui travaillent présentement à un salaire légèrement supérieur à 15 $. Mes réflexions à ce sujet se sont toutefois centrées sur une question assez simple : est-ce qu’il est normal, dans le Québec d’aujourd’hui, qu’une personne puisse travailler une pleine semaine de travail sans obtenir un salaire suffisant pour vivre dignement et d’une façon gratifiante? Il s’agit avant tout d’un enjeu moral et non pas économique. Nous devrions rejeter cet état de fait comme nous avions refusé le travail des enfants ou la violence contre les syndicalistes.

Au surplus, nous avons la chance de pouvoir compter sur de nombreuses études réalisées à ce sujet dans les États qui ont déjà augmenté leur salaire minimum. Elles démontrent bien qu’il n’y a pas de conséquence négative importante, ni sur les prix à la consommation ni sur l’emploi, lorsque le salaire minimum est augmenté à un taux raisonnable. Les dollars gagnés en plus par les bas salariés sont immédiatement dépensés dans l’économie locale favorisant ainsi la croissance économique. Du côté des prix, les effets sont modestes. Une étude a récemment démontré que de hausser le salaire à 15 $ pour tous les employés des restaurants McDonald’s aux États Unis n’affecterait le prix du Big Mac que d’un modeste 17 cents! Seulement 17 sous, même si McDonald’s est une entreprise qui compte massivement sur le très faible salaire minimum américain (7,25 $) et même si l’entreprise continuait d’engranger des milliards de profits chaque année (profits qu’elle transfère en grande partie dans des paradis fiscaux, mais ça, c’est un autre sujet…).

D’autre part, il est important de garder à l’esprit que la hausse du salaire minimum est plus qu’une mesure généreuse qu’on adopte pour aider une minorité de personnes défavorisées sur le marché du travail. Elle a le potentiel d’augmenter le pouvoir de négociation de toutes les travailleuses et tous les travailleurs du Québec. De fait, pour autant que les emplois présentement les moins rémunérés verront leur salaire augmenter, les employeurs n’auront d’autre choix que d’augmenter aussi le taux horaire de leurs employés gagnant un salaire près de 15 $ l’heure pour conserver leur main d’œuvre qualifiée. Il s’agit d’un effet de « contamination » de la hausse du salaire minimum qui a largement été documenté et qui s’est produit à maintes reprises dans d’autres endroits par le passé.

Pour le SFPQ, cela implique aussi que le gouvernement du Québec ne pourrait plus compter sur des entreprises sous-traitantes offrant moins de 15 $ l’heure, ce qui pourrait favoriser notre lutte contre la sous traitance dans plusieurs secteurs. Enfin, cette mesure toucherait possiblement une centaine de membres du SFPQ qui, actuellement, gagnent moins de 15 $ l’heure et qui travaillent dans certaines accréditations parapubliques que nous représentons.

Bref, il me semble clair que tant d’un point de vue moral que dans l’intérêt de nos membres, le SFPQ doit appuyer le salaire minimum à 15 $ l’heure avec tous les groupes qui voudront bien se joindre à cette lutte.

Christian Daigle