Mise à jour économique : Est-ce la fin de l’austérité libérale?

La mise à jour économique rendue publique le 25 octobre dernier contient de petits réinvestissements en 2016 (100 et 35 millions) dans les secteurs généralement les plus visibles des services publics québécois : la santé et l’éducation. Le ministre des Finances, Carlos Leitao, tente ainsi de faire croire à la population que de couper dans les services publics pour mieux y réinvestir plus tard, c’était son plan depuis le début. Les articles de journaux parus semblent lui donner raison : « De l’argent frais pour l’éducation et la santé », « Réinvestir dans les services publics, une priorité pour Québec », « Mise à jour économique : oui à la santé, non aux baisses d’impôt ». Serait‑ce la fin de l’austérité libérale?

Non.

Les sommes qui sont retournées dans les services publics sont dérisoires en regard de ce qui a été coupé depuis le début de la politique d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard. Le saupoudrage annoncé dans la mise à jour économique ne sert en fait qu’à redorer l’image des libéraux que des années de mobilisation contre l’austérité ont réussi à ternir. Sans aucun doute, le rapport dévastateur de la Protectrice du citoyen sur les conséquences terribles des politiques libérales y est aussi pour quelque chose. À deux ans de la prochaine élection et à l’approche imminente des élections partielles du 5 décembre, les libéraux commencent à s’inquiéter de la réputation de sans-cœurs qui leur colle à la peau et essaient tant bien que mal de réparer les pots cassés. Tant mieux si ce stratagème permet à la santé et à l’éducation de souffler un peu, mais, pour nous qui travaillons dans la fonction publique, la traversée du désert se poursuit. Il est clair que le gouvernement n’a aucune intention de réinvestir pour garantir l’intégrité des services que nous donnons. On en parle trop peu, mais c’est la fonction publique du Québec qui demeure la première victime du saccage libéral.

L’abolition de centaines de postes dans les centres locaux d’emploi, la fermeture de bureaux régionaux (Conseil du statut de la femme, ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport,  ministère de l’Immigration de la Diversité et de l’Inclusion, Régie du logement) et la diminution des inspections et de la surveillance en environnement, en contrôle alimentaire et en gestion des barrages hydrauliques ne sont que quelques exemples de ce saccage.

Après avoir compressé suffisamment les services publics pour générer un excédent budgétaire, leur véritable objectif est de consacrer l’essentiel des surplus accumulés à des baisses d’impôts qui limiteront encore plus la marge de manœuvre de l’État québécois. Privé de ces revenus, il retombera éventuellement en déficit budgétaire, ce qui offrira un nouveau prétexte pour réduire de nouveau les services à la population… et ainsi de suite, car c’est une roue sans fin.

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(Source : Institut de recherche et d’informations socio-économiques)

 

Le budget 2015‑2016 prévoyait que les budgets de l’éducation et de la santé augmenteraient (trop peu) de 1,3 % et de 2,3 % alors que ceux du reste des services publics seraient réduits de 1,1 %. La mise à jour économique nous apprend que c’est plutôt une baisse de 1,4% qui a été constatée dans la fonction publique! Les trois prochaines années ne s’annoncent pas plus radieuses : le budget du Québec prévoit une réduction des sommes allouées aux ministères et aux organismes en termes réels. En clair, en ce qui concerne la fonction publique du Québec, le combat contre l’austérité libérale est loin d’être terminé.

Christian Daigle