L’irresponsabilité ministérielle

Tout comme moi, les parents qui ont un ou des enfants savent qu’il est difficile de leur apprendre à assumer leurs erreurs. Une assiette se casse, il manque des biscuits ou un dégât d’eau se produit et il faut passer à l’interrogatoire, car personne n’a rien vu. C’est un comportement normal pour des enfants en apprentissage, mais des plus étranges lorsqu’il s’agit d’adultes et que ce sont des ministres au gouvernement du Québec.

Voici pourtant ce que dit la responsabilité ministérielle de l’Assemblée nationale :

« Devant l’Assemblée, un ministre doit répondre non seulement de ses propres actions, mais aussi de celles de ses fonctionnaires. Il pourrait même être forcé de démissionner en raison d’un cas important de mauvaise gestion ».

Dans notre système, la population élit des députés pour former le gouvernement qui, à son tour, nomme des ministres responsables de leur ministère. Quant aux fonctionnaires à l’emploi de ceux‑ci, nous sommes tenus de respecter les lois et les règlements édictés par ces mêmes ministres. Dans les dernières semaines, il est navrant de voir autant d’exemples de ministre se lavant les mains de leurs responsabilités en jetant le blâme sur leur personnel.

À l’Agence du revenu du Québec, le ministre Leitão a pointé du doigt sans hésitation les employés à la suite d’un rapport de la Protectrice du citoyen reprochant à l’Agence son agressivité dans ses pratiques de récupération fiscale. Le ministre des Finances affirme que c’est la « culture » de Revenu Québec qu’il faut changer. C’est pourtant son gouvernement qui a exigé que l’Agence recouvre des centaines de millions de dollars supplémentaires. Le ministre ne pensait tout de même pas que l’Agence allait acheter des billets de loterie pour trouver les millions qu’on exigeait d’elle!

Un épisode de l’émission La facture, diffusé le 1er novembre dernier, blâme un fonctionnaire pour avoir retiré à une prestataire d’aide sociale handicapée le dollar qu’elle gagnait symboliquement à son atelier d’artisanat. Le ministre, présenté comme le héros de l’histoire, a annulé la décision, confirmé d’ailleurs par le bureau de révision, après avoir été interpellé par les parents de la jeune femme. « Un fonctionnaire strict, un papa Don Quichotte et un ministre réceptif » sont les paroles qui concluent le reportage. Les employés n’ont qu’à appliquer la directive qui, bien qu’illogique aux yeux de tous, a été mise en place par le pouvoir politique. Pourquoi ne la change‑t‑il pas au lieu de museler les employés pour ces cas?

Le dernier exemple est plus frappant encore. Confrontée aux allégations de fraudes de dizaines de millions de dollars commises à la Société immobilière du Québec, la ministre de l’époque, Monique Jérôme‑Forget, a tout bonnement expliqué que l’organisme chargé de gérer un parc immobilier valant plusieurs centaines de millions de dollars ne « l’intéressait pas ». Elle rejette sans hésiter le blâme sur le conseil d’administration de l’organisme et son PDG, bien que nommé par le gouvernement. Selon elle, c’était « une gang de pas bons […]! »

On comprend la population d’être choquée contre la rigidité du système ou les lourdeurs bureaucratiques. Elle doit par contre savoir que nous ne faisons qu’appliquer les règlements édictés par le gouvernement et les ministres. De plus, ces derniers se dégagent encore plus de leurs responsabilités avec les sociétés d’État, en créant des agences ou carrément en privatisant certains services publics.

De cette façon, les ministres continuent de jouer à couper les rubans ou à revendiquer les bons coups, mais ces grands enfants ne veulent jamais assumer leurs erreurs.

Christian Daigle