La violence sexuelle : un problème de culture

Chaque année, le 6 décembre, nous devons souligner le triste anniversaire d’un attentat sexiste perpétré par Marc Lépine en 1989 à l’École Polytechnique de Montréal, et qui nous remémore que le combat des femmes contre la violence doit se poursuivre. Une violence qui vise les femmes en tant que femme, qui est commise essentiellement par des hommes et sous formes physique, verbale, psychologique et sexuelle.

Si nous soulignons chaque année l’anniversaire de cet acte d’une violence inouïe, c’est d’abord pour garder en mémoire chacune des 14 victimes que le tueur, par son geste, a tenté d’effacer de l’histoire.

Cette commémoration est essentielle, mais elle ne prendra tout son sens que si, collectivement, nous nous obligeons à porter notre regard sur ce qui se trouve autour de cette tragédie. Bien qu’il serait rassurant de circonscrire ce crime comme l’acte d’un homme désaxé et seul, hors de tout contexte, force nous est de constater que cette conception prévaut ailleurs dans la société encore aujourd’hui.

On sous‑estime les méfaits de la violence sous forme d’abus sur des générations de femmes qui commencent à peine à percer le mur du silence. C’est un chiffre qui semble énorme, mais voici malheureusement la réalité : à partir de l’âge de 16 ans, une femme sur trois a été victime d’une agression sexuelle. De plus, on pourrait penser qu’il ne s’agit que d’inconnus qui posent de tels gestes, mais 85,6 % des mineures agressées et 68,3 % des victimes adultes connaissent leur agresseur.

Si vous ne le croyez pas, demandez à votre fille, votre conjointe, votre sœur ou votre mère si elles ont ressenti la peur d’être agressées. Peut-être même qu’elles ont déjà été victimes d’une forme ou l’autre de violence. Dans nos universités, dans nos milieux de travail, dans des sorties au quotidien, voire même dans nos familles : les femmes devraient pouvoir se sentir en sécurité partout, qu’elles soient seules ou en groupe. Mais ce n’est malheureusement pas le cas.

Les dénonciations d’agressions qui se sont produites tant à l’Université Laval que dans de nombreuses communautés autochtones ont remis à l’actualité la question des agressions sexuelles. Il faut transcender les événements tristes des dernières semaines et le battage médiatique qui s’en est suivi pour aborder le cœur même de la problématique : la violence, particulièrement sexuelle, comme enjeu de société. Le mouvement virtuel #agressionnondénoncée a permis, grâce aux témoignages courageux de centaines de femmes, d’amorcer une prise de conscience de ce phénomène laissé dans l’ombre depuis trop longtemps.

Bien que tous ces crimes soient sordides et méritent d’être signalés, les facteurs sociaux et les difficultés pour en arriver à une condamnation n’amènent qu’une infime fraction des victimes à porter plainte. En effet, une minorité des dénonciations mène à des accusations et très peu d’accusations se soldent par un jugement de culpabilité. Notre société pousse plusieurs victimes à ressentir de la honte ou de la culpabilité pour les gestes qu’elles ont subis. Ainsi, des années de souffrance demeurent donc tapies sous le poids du silence, de la honte ou de la menace.

Ces faits nous forcent à nous questionner sur l’éducation que nous donnons à nos enfants ‑ particulièrement à nos garçons ‑ tant à l’école que dans nos milieux familiaux. L’ampleur du phénomène nous oblige à le considérer comme autre chose qu’une série de crimes individuels. Il est impossible de faire abstraction du lien entre la violence sexuelle commise à l’endroit des femmes et l’inégalité de pouvoir entre les sexes. Les femmes victimes de multiples sources d’inégalité, comme les femmes autochtones ou les immigrantes, sont d’ailleurs particulièrement victimes de violences sexuelles.

Qu’est-ce qu’un homme peut faire aujourd’hui contre ce qu’on qualifie de culture du viol?

Je pense que notre premier devoir, c’est d’abord en reconnaître l’existence afin d’amener les changements nécessaires. On se doit de revoir les rapports entre les genres dans l’ensemble de la société pour éviter de recréer des situations inégalitaires qui favorisent l’emprise de l’homme sur la femme. Il faut nous ouvrir à notre environnement pour identifier les abus de pouvoir et les dénoncer en refusant de rester passifs devant de telles situations.

Personnellement, je m’y engage.

Christian Daigle