Contrôle du prix des médicaments au Québec : mieux vaut tard que jamais

Dans les derniers mois, le ministre de la Santé a tenté de négocier de gré à gré une baisse de prix des médicaments génériques avec les compagnies pharmaceutiques. Constatant l’échec de cette démarche, le 1er juillet 2017, il devait lancer des appels d’offres destinés à réduire le coût des médicaments génériques au Québec, et ce, tant pour les régimes privés que public.

Le lancement d’appels d’offres pour les médicaments génériques constituerait une initiative louable. Gaétan Barrette se donnerait ainsi la liberté de choisir le plus bas soumissionnaire comme fournisseur unique pour l’ensemble du territoire québécois afin de réduire la facture des médicaments génériques qui s’élève à plus de 800 millions de dollars annuellement seulement pour le régime public. Si le ministre de la Santé réussit à briser le blocus des puissants lobbys pharmaceutiques, les malades québécois pourraient économiser plus de 300 millions de dollars par année[1]! Toutefois, il est tard pour agir ainsi, puisque chaque citoyen ainsi que le gouvernement (à partir de nos impôts et de nos taxes) a déjà dépensé inutilement des milliards de dollars.

Il n’en demeure pas moins que l’idée de procéder à des appels d’offres publics pour réduire le coût des médicaments est à la base du projet de régime public d’assurance médicaments pour lequel le SFPQ milite avec d’autres syndicats et organismes de la société civile depuis 2005. Depuis plus de 15 ans ‑ durant lesquels le Parti libéral du Québec a été au pouvoir presque en continu ‑, nous engraissons inutilement des pharmacies et de puissants fabricants de médicaments sans aucun avantage pour notre santé. Au surplus, l’abolition par le gouvernement Charest du gel des prix des médicaments en 2007 a contribué à aggraver le problème.

Rappelons qu’en novembre 2016, une enquête de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) nous apprenait que les pharmacies peuvent compter sur un écart très important (de 63 à 97 %) entre le prix qu’elles paient pour un médicament et celui qu’elles facturent aux citoyens[2]. Cela démontre la faible concurrence entre les différents acteurs de ce marché et son incapacité à les contraindre à garantir les meilleurs prix possible aux consommateurs. Voici encore une raison qui milite en faveur d’un regroupement pour l’achat de tous les types de médicaments pour l’ensemble des citoyens du Québec.

Les pays qui ont un régime entièrement public, comme le propose le SFPQ, peuvent faire affaire avec le plus bas soumissionnaire pour tous les médicaments qu’ils achètent pour l’ensemble de leur population. L’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni, la France et la Suède ont adopté cette façon de fonctionner. Selon Marc‑André Gagnon, professeur à l’Université de Carleton, « Le prix de détail des médicaments dans ces pays est de 24 % à 48 % moins cher à ceux du Québec et leur croissance annuelle des coûts est de deux à trois fois inférieures. »

L’initiative de Gaétan Barrette est donc un « mieux vaut tard que jamais » qui nous a collectivement coûté des milliards de dollars. Il semble qu’avant d’appliquer une dure politique d’austérité en prétextant l’état des finances publiques, ce genre de projet aurait dû être considéré avec le plus grand sérieux et il serait dans son intérêt de s’adjoindre les autres partis politiques et les acteurs du monde syndical qui militent pour cette solution depuis plusieurs décennies.

Advenant l’instauration d’appels d’offres publics pour les médicaments génériques, le ministre Barrette ferait un pas dans la bonne direction. Reste à voir s’il continuerait alors sur sa lancée en ce qui concerne les médicaments brevetés, qui représentent la grande majorité des achats de médicaments au Québec, ou si le Parti libéral du Québec nous fera encore gaspiller une décennie et des milliards de dollars avant d’agir.

 

Christian Daigle

 

[1] http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201706/27/01-5111444-medicaments-generiques-initiative-denvergure-pour-faire-baisser-les-prix.php

[2] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/814037/quebec-medicament-generique-cher-pharmacie-prix-cout-assurance-maladie-ramq