Une politique d’immigration sans moyens ne vaut rien

L’immigration est une des pierres d’assise du Québec comme État et comme société. Les milliers de personnes qui ont fait le choix de rejoindre le Québec contribuent chaque jour à son enrichissement social, culturel, politique et économique. Cependant, depuis plus d’une décennie, on assiste à plusieurs cafouillages en fait de politique d’immigration et d’intégration. La réforme de 2012, qui a délégué de nombreuses tâches du ministère auprès d’organismes communautaires, la fermeture des directions régionales du ministère de l’Immigration, l’insuffisance des ressources humaines et budgétaires pour ce portefeuille de même que le manque d’un leadership politique sur cette question ont contribué à un certain laxisme dans la francisation et l’intégration des personnes immigrantes au Québec. Afin de répondre à ce problème, le gouvernement de la CAQ a entrepris de réformer le système actuel selon la formule du premier ministre : « en prendre moins, mais en prendre soin ». Si le plan d’immigration du Québec déposé en décembre dernier confirmait la volonté de ce gouvernement d’accueillir moins de personnes immigrantes, le projet de loi sur l’immigration, qui vient d’être adopté sous bâillon, porte sur les modalités de l’accueil et de l’intégration.

Force est d’abord de constater que ce projet de loi poursuit le glissement que connaît la politique d’immigration québécoise depuis quelques années vers une conception très étroite de l’immigration, conçue essentiellement comme un moyen de combler à court terme des besoins de main-d’oeuvre exprimés par des employeurs. Le SFPQ invite le gouvernement à réfléchir plus largement sur la question de l’immigration, qui est celle de la citoyenneté et du vivre-ensemble, afin de prendre en compte sérieusement d’autres facteurs comme la solidarité internationale et la pérennité de la langue française. Certes, cette loi instaure un rôle plus affirmé du ministère dans la coordination des services d’immigration, de francisation et d’intégration, tout comme elle annonce un parcours d’accompagnement personnalisé aux personnes immigrantes. Or, rien n’indique que le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) aura les moyens de suffire à la tâche. En effet, dans la dernière décennie, certains corps d’emploi responsables du traitement des dossiers y ont connu des baisses importantes tournant aux alentours de 20 %.
Avec des embauches conséquentes, déjà, il aurait été possible de traiter les 18 000 dossiers déposés en vertu du Programme régulier des travailleurs qualifiés, plutôt que d’offrir un remboursement et un retour à la case départ pour ces milliers de personnes qui souhaitent vivre au Québec. D’ailleurs, est-ce normal qu’il n’y ait même plus d’employés du MIDI qui donnent la formation de Premières démarche d’intégration? Cette formation, au coeur de la démarche d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants, traite pourtant des documents importants à obtenir auprès de l’administration québécoise, de la recherche d’un logement et des autres démarches fondamentales pour l’intégration réussie dans la société. De toute évidence, par-delà les effets d’annonce, si ce gouvernement qui nage dans les surplus souhaite vraiment améliorer l’accueil, la francisation et l’intégration des personnes immigrantes, il devra y mettre les moyens. Pour le moment, il est permis d’en douter.